Un frère très prévenant - James Krier
James Krier

Un frère très prévenant

Un frère très prévenant - James Krier

Un jour, mon frère avait eu l’intention de faire l’évaluation de tout le patrimoine de la famille. Je me demandais bien par quoi il allait commencer, étant donné qu’à mes yeux, je ne voyais vraiment pas ce qu’il y avait à gérer. Il demanda à une personne assez connaisseuse de venir faire un état des lieux de tous les biens qu’avaient amassé mes grands-parents et mes parents pendant toute leur vie. Voyant qu’il était sérieux, je laissais place pendant plusieurs jours afin qu’ils puissent fouiller dans tous les coins pour trouver sans doute un trésor invisible qui sortirait de nulle part pour servir dans notre avenir des plus incertains.

La personne avait commencé à compter le nombre de pièces qu’il y avait dans la maison. Par la suite, elle s’intéressa à tous les meubles et à tout ce qu’il y avait dedans. Ensuite, il demandait à voir s’il y avait des bijoux dans la famille. Ma mère lui aurait sorti tout ce qu’elle possédait. Ils descendaient dans le garage pour terminer l’évaluation, en comptant la voiture et tous les outils qui s’y trouvaient. Un moment donné, ma grand-mère venait le voir avec trois bouquins que j’avais toujours vus dans sa chambre. C’était des livres rares qu’elle avait déjà fait estimer, il y a plus d’une vingtaine d’années, et qui valaient déjà à cette époque leur pesant d’or. Je n’aurais jamais cru cela si on ne me l’avait pas répété. Comment aurais-je pu deviner que derrière le mur où je dormais tous les soirs, plusieurs dizaines de milliers de dollars étaient posées sur la table de chevet de ma grand-mère.

Quelques jours après la venue de cette personne, mon frère commençait à dresser un dossier pour la gestion du patrimoine de toute la famille. Grâce aux livres précieux de ma grand-mère qu’il avait mis en sûreté à la banque, il avait pu demander un emprunt qui devenait une dette faisant partie du patrimoine, et qui était supposé faire l’achat nécessaire pour agrandir la maison, afin d’en louer une bonne partie. Je ne savais vraiment pas ce qui s’était passé dans l’esprit de mon frère, pour décider du jour au lendemain, devenir logeur, et louer une partie de la maison. La seule chose que je savais, c’est que je l’en remerciais quelques années plus tard, lorsque je me retrouvais dans la misère à cause d’une tempête de neige qui avait complètement esquinté mon atelier. J’avais la chance d’avoir eu un frère prévenant.